Louis XIV

Louis XIV sur la côte Saint-Jean ?

MarsalL’étude de la tapisserie repose sur les recherches de G. Thewes, cité ci-dessous en bibliographie

Référence bibliographique :
THEWES (G.) – 2007 – La reddition de Marsal à Louis XIV en 1663 ou comment l’image crée l’événement. Actes du colloque organisé par la Commission
d’Histoire Militaire, les 24 et 24 juin 2007 à Marsal. Publié par la Section historique de l’Institut Grand-Ducal de Luxembourg.
PERRAULT (C.) – 1675 – Recueils de divers ouvrages en prose et en vers. Dédié à son Altesse Monseigneur le Prince de Conti, Paris, 1675.

 

1. L’oeuvre
Titre : «Reddition de Marsal»
Dimensions : H : 382 cm l : 580 cm
Date : 1669 (achevée en 1677)
Technique: Tapisserie
Lieu d’exposition : Propriété de l’état, elle fait partie du Mobilier National. Elle est exposée au musée des Beaux arts de Blois. Une photographie est exposée au Musée du sel de Marsal.
Caractéristiques de l’oeuvre : elle représente la remise symbolique des clés de la ville de Marsal à Louis XIV après des années de conflits opposant la France à la Lorraine, dans la possession de la place forte. Ce type de mise en scène est traditionnel lorsqu’il s’agit de représenter la reddition d’une ville.
Elle est réalisée à partir de fils de soie, de laine et d’or.
Auparavant, il n’existait que quelques plans de la place forte : cette tapisserie fait entrer la ville dans l’histoire et l’histoire de l’art.


2. Une image de propagande
Dès son entrée en fonction, au début des années 1660, Jean-Baptiste Colbert se voit confier la tâche de mettre les arts au service de la glorification du roi.
Peinture, sculpture, littérature, architecture doivent contribuer à rendre immortelles les actions de Louis XIV. Il apparaît alors que la tapisserie serait un moyen de «conserver la splendeur des entreprises du Roy». En 1662, Colbert acquiert la manufacture des Gobelins qu’il met au service de la propagande royale.
En 1665, la manufacture se lance dans la fabrication d’une série de 14 tapisseries – à laquelle appartient la reddition de Marsal - qui racontent les hauts faits des premières années de règne de Louis XIV (de 1654 à 1668) et appelée «l’histoire du Roy». C’est vraisemblablement Colbert qui a eu l’idée de mettre en scène les événements marquants du règne de son souverain. Une fois le thème choisi et retenu conjointement par Colbert et le roi lui-même, le Premier Peintre du Roi et directeur de la Manufacture des Gobelins, Charles Le Brun – ou un de ses ouvriers, réalisait une première ébauche (sous forme de croquis) de la scène à immortaliser.
Les tapisseries de «l’histoire du Roy» ont été utilisées pour la première fois à Versailles, en juin 1677, durant les cérémonies de la Fête-Dieu.frise

3.Une image réalisée à postériori

Au XVIIIème siècle, le nom des Gobelins est connu dans l’Europe entière. La manufacture continue aujourd’hui à produire des tapisseries pour le «Mobilier national», faisant travailler des artistes contemporains.
- Technique de la tapisserie : la réalisation de la tapisserie est la dernière étape d’une longue succession de travaux divers :
 Réalisation d’un croquis (par Le Brun dans le cas de la reddition de Marsal),
 A partir de ce dernier est réalisée une esquisse peinte, appelée aussi « petit patron ». Il s’agit d’un tableau réduit de la scène. Pour Marsal, le petit patron a été réalisé par Adam Frans Van der Meulen, peintre flamand renommé.
 Vient ensuite la confection d’un carton : les peintres-cartonniers réalisent une toile peinte à l’huile qui est l’ébauche, en dimensions réelles, de la tapisserie.
 Intervention des lissiers (personne qui réalise les tapisseries en utilisant un métier à tisser) qui tissent la tapisserie selon le modèle donné par les cartons, en utilisant de la laine, de la soie et de l’or.
Ces oeuvres sont réalisées en plusieurs exemplaires, puis livrées au Garde-meuble de la Couronne, avant d’orner les demeures royales ou d’être offertes à de puissants personnages.

4. Le contexte historique et social
L’oeuvre est un témoignage fort de la politique expansionniste de Louis XIV, de la construction progressive de notre pays et de l’histoire de ses frontières.

- L’accession au pouvoir de Louis XIV : renforcement de la monarchie absolue.
Lorsque Louis XIII meurt en 1643, son fils n’a que 5 ans. C’est donc Mazarin, le premier ministre, qui gouverne la France, sous la régence d’Anne d’Autriche et ce jusqu’à sa mort. Ce dernier disparu (1661), Louis XIV décide de rompre avec la tradition de ses prédécesseurs qui s’appuyaient sur des premiers ministres puissants pour gouverner (Louis XIII  Richelieu, Anne d’Autriche  Mazarin) et d’être le seul à détenir le pouvoir (= monarchie absolue : le roi détient son pouvoir de Dieu lui-même, ne peut être jugé que par ce dernier et n’a de comptes à rendre qu’à lui). Il nomme Colbert qui ne sera habilité qu’à conseiller le souverain.

- L’extension du territoire français                                                                                                                                                          « S’agrandir est la plus digne et la plus agréable occupation des souverains » disait Louis XIV. Pour être un grand roi et affirmer sa puissance, Louis XIV se lance dans une politique d’extension du territoire français. Pour cela, il a recours à la guerre. La France s’est préparée à la guerre, aidée par des tacticiens militaires : le ministre Louvois dote la France de la première armée d’Europe, Vauban fortifie plus de 300 places fortes sur les frontières…Et de fait, la France est souvent victorieuse : 1668, l’Espagne doit céder la Flandre, puis la Franche-Comté en 1678, en 1697, Strasbourg devient française. Ces conquêtes, si elles redorent le blason de la France, ne l’en laissent pas moins ruinée.

- Un réseau de courtisans                                                                                                                                                                  Louis XIV vit à Versailles, dans un palais qu’il a voulu à la hauteur de sa magnificence, entouré des plus grands personnages du royaume (la cour). Les fêtes se succèdent : le roi entretient tout un parterre d’artistes (Molière, Jean de la Fontaine, Lully…)


- Une société très inégalitaire
Les fastes de la cour, les guerres à répétition nécessitent des rentrées financières que le roi obtient en pressurant le peuple (rappel  la société est divisée en 3 ordres – le clergé et la noblesse dits privilégiés – et le tiers état – sur lequel repose toutes les contributions financières). Alors que quelques-uns vivent dans le luxe et l’opulence, la majorité est victime des épidémies et de la famine.


- La mort du roi
A sa mort, en 1715, Louis XIV laisse un pays ruiné.

· Lecture de l’oeuvre :

Louis XIV avait été averti que le duc de Lorraine, Charles IV, avait l’intention de garder la ville de Marsal, en dépit du traité signé précédemment. Ceci amena le monarque à décider une opération guerrière conduite par le duc de Guiche et Monsieur de Pradel, avec l’aide des troupes stationnées en Lorraine
(août 1663). Un corps de militaires basé en dehors de la région vint renforcer le dispositif, sous la conduite du Maréchal de la Ferté-Senneterre. Louis XIV vint en personne sur place, juger de l’état du front. Après 11 jours de siège, Charles IV envoya comme émissaire auprès de Louis XIV, Jacques Henri de Lorraine, Prince de Lixen, avec une lettre annonçant qu’ordre avait été donné à la ville de se rendre. Le Maréchal de la Ferté entra alors dans la ville et y plaça ses garnisons.
«La reddition de Marsal» est une des premières tapisseries de la série « Histoire du roi ».
Le Brun n’a pas choisi de représenter le siège de la ville mais la journée du 1er septembre 1663, date à laquelle les clés de la ville sont symboliquement remises à Louis XIV.
La lecture en plans :
Une chose est à remarquer : l’apparente exactitude documentaire de l’oeuvre. Auparavant, il était courant de célébrer les actions du roi en l’identifiant à un héros antique et Le Brun était familier de ce type de représentation. Ici, l’artiste rompt ici avec la tradition et représente Louis XIV sous les traits qui sont les siens, dans ses habits habituels, apparemment sous la pression de l’entourage du roi. Cette représentation «contemporaine» témoigne de ce qui a été appelé «la querelle des anciens et les modernes» et d’un déclin de l’Antiquité comme modèle : les contemporains de Louis XIV sont convaincus que les actes de leur souverain dépassent ceux d’un Alexandre, donc nul besoin de le représenter sous les traits d’un guerrier antique. La préférence du contemporain va de pair avec le souci de vraisemblance : il faut que le spectateur ne doute pas de ce qui est représenté («la vérité, qui est l’âme de l’histoire, devient suspecte dès qu’elle est trop ornée» - René Rapin, 1677). Pour renforcer cette authenticité, l’artiste accorde une importance toute
particulière à l’arrière-plan de ses tableaux (topographie, silhouette de la ville…). Ce souci de véracité à des limites puisque, comme nous le développerons un peu plus bas, Louis XIV n’est pas venu à Marsal et cette rencontre pour une remise des clés n’a jamais eu lieu. En fait, la scène principale, idéalisée, est calquée sur un arrière-plan fidèle à la réalité et garant, lui, de la «vérité historique».
Premier plan :
planOn y voit Louis XIV, entouré de sa suite parmi lesquels Monsieur (frère du roi), le duc de Guiche, le Maréchal de la Ferté-Senneterre et Vauban. Les émissaires de Marsal s’avancent vers le roi, chapeaux-bas, en signe de soumission, implorant la clémence du souverain. Le premier personnage est sans doute le Marquis d’Haraucourt, le malheureux défenseur de la place forte. Il esquisse une génuflexion et tend les clés de la ville au roi, ce qui symbolise la reddition de la ville et sa soumission à l’autorité royale.
1 – Le roi, Louis XIV
2 – Monsieur, frère du roi
3 – le Duc de Guiche
4 – Le Maréchal de la Ferté-Senneterre
Henri II de la Ferté-Senneterre (1599-1681) était maréchal de
France et gouverneur de la Lorraine.
5 – Vauban
Vauban est représenté avec une blessure à la joue gauche, alors
qu’il ne reçut cette balafre qu’au siège de Douai, en 1667.
6 – Le Marquis d’Haraucourt

Second plan :
Sont présentes les troupes qui ont participé à la prise de la forteresse.
Arrière plan :
On distingue la place forte de Marsal, fortifiée par Vauban.


Un témoignage de la politique de propagande mise en place par Louis XIV

La tapisserie est là, bien sûr, pour attester de l’issue heureuse de la conquête de la Lorraine, mais pas uniquement.
Pour la petite histoire, il est intéressant de savoir que ce jour là, Louis XIV présidait un conseil des ministres à Versailles et ne pouvait donc nullement être à Marsal. Cette entorse à la vérité historique est intéressante à plusieurs titres :
 Elle atteste de l’importance de cette remise symbolique des clés de la ville du vaincu au vainqueur : la posture soumise du Marquis d’Haraucourt et l’attitude conquérante de Louis XIV viennent renforcer cette idée.
 Elle témoigne de l’existence d’une propagande : les images sont réalisées pour servir des intérêts politiques. La politique expansionniste de Louis XIV a des effets désastreux sur l’économie du pays et ses populations : levées d’impôts, surmortalité… Il faut donc légitimer – voire justifier cette politique et le tableau y participe.
 Elle adresse un avertissement à Charles IV et aux éventuels opposants à la royauté : le duc de Lorraine avait consenti à céder Marsal à la couronne de France mais tarde à la faire. Louis XIV rappelle ce qu’il en coûte de ne pas s’exécuter. La tapisserie, mettant en scène des troupes massées devant Marsal, est une démonstration de force du souverain.
 Elle fait preuve de l’attention particulière que Louis XIV accorde à Lorraine. En effet, à la même époque, de nombreuses places fortes, plus prestigieuses et plus puissantes que Marsal ont été conquises – Douai, Lille, Dôle, Tournai… et n’ont pas donné lieu à des tapisseries. En fait, Marsal est la première conquête militaire de Louis XIV après le début de son gouvernement personnel en 1661.

 
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